On voit fleurir des démonstrations spectaculaires : un orateur parle anglais, et quelques secondes plus tard, une voix de synthèse le restitue en français. Alors, la question est sur toutes les lèvres : les interprètes vont-ils disparaître ? Je préfère regarder les faits plutôt que les vidéos promotionnelles.
Ce qu’on appelle « interprétation automatique »
Ces systèmes enchaînent trois briques : la reconnaissance vocale (transformer la parole en texte), la traduction automatique, puis la synthèse vocale ou le sous-titrage. Les progrès sont réels et rapides. Les institutions nationales et internationales étudient déjà leur usage, comme le note le laboratoire de l’Université de Mayence spécialisé dans ces technologies (Université de Mayence).
Et ces outils ont des usages utiles : rendre accessible une réunion dans une langue rare pour laquelle aucune interprète n’est disponible, sous-titrer en direct pour les personnes malentendantes, permettre de suivre une vidéo dans une langue inconnue.
Ce que montrent les recherches récentes
La recherche s’est emparée du sujet. En 2026, des numéros entiers de revues scientifiques sont consacrés à la durabilité du métier d’interprète à l’ère de l’IA (IJLTIC, 2026).
Une étude publiée en janvier 2026 a comparé une interprétation humaine et une interprétation par IA d’une conférence de presse sur le climat. Méthode : 56 journalistes, répartis en deux groupes, puis un test de compréhension (étude complète). D’autres travaux comparent des modèles comme GPT-5 aux interprètes humains sur des discours politiques, pour savoir si la machine restitue aussi les fonctions relationnelles du discours, et pas seulement les informations (IATIS).
Ce que ces recherches interrogent, c’est moins « la machine traduit-elle les mots ? » que « le public comprend-il et retient-il le message ? ». Et c’est bien là que se situe la valeur de l’interprétation.
Là où la machine bute encore
- Le sens implicite : l’ironie, l’humour, les sous-entendus diplomatiques, les métaphores culturelles.
- Les discours imparfaits : phrases inachevées, hésitations, accents marqués, plusieurs personnes qui parlent en même temps.
- La gestion de l’imprévu : un orateur qui saute une partie, un terme ambigu, une question hors sujet.
- La relation humaine : dans une négociation, une formation ou un entretien sensible, la présence d’une professionnelle de confiance compte.
- La responsabilité et la confidentialité : qui répond d’une erreur ? Où partent les données de votre réunion confidentielle ?
Vers un métier augmenté
Pour la profession, l’IA est aussi un outil. Des logiciels aident déjà l’interprète en cabine en affichant en direct les chiffres, les noms propres et les termes techniques, ce qui améliore la précision (LANS-TTS). J’utilise ces outils pour préparer mes glossaires plus vite, et je suis attentive à ceux qui arrivent en cabine.
Alors, faut-il choisir ?
Tout dépend de l’enjeu. Pour suivre un webinaire informatif dans une langue rare, l’outil automatique peut suffire. Pour une négociation, une formation, une assemblée générale, un événement où votre image et vos relations sont en jeu, l’interprète humaine reste la garantie d’un message compris, nuancé et fidèle.
L’IA ne remplacera pas les interprètes. Mais les interprètes qui comprennent l’IA sauront mieux conseiller leurs clients. C’est ce que je m’efforce de faire.
Vous vous demandez si l’interprétation automatique convient à votre événement ? Parlons-en sans tabou : je vous dirai honnêtement ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.



