Interprétation à distance : pourquoi le son est une question de santé

Fleur De Grauwe avec son micro-casque d’interprète

Pendant la pandémie, l’interprétation à distance a sauvé de nombreuses réunions internationales, et bien des carrières d’interprètes. Mais elle a aussi mis en lumière un problème que le grand public ignore : un son de mauvaise qualité peut abîmer durablement l’audition. Pour une interprète, dont l’oreille est l’outil principal, c’est un enjeu majeur.

Un constat partagé par la profession

Deux ans après le début de la pandémie, de grandes institutions faisaient face à de nombreux interprètes salariés en arrêt maladie pour des troubles auditifs, de l’épuisement et du burn-out, selon des chercheurs de l’Université de Genève (UN Today). L’AIIC a multiplié les déclarations et résolutions sur la santé auditive depuis 2022 (AIIC).

Les symptômes rapportés sont variés : acouphènes, hypersensibilité au bruit (hyperacousie), douleurs dans ou autour de l’oreille, troubles de l’audition, sensations d’instabilité (Université de Bologne).

Pourquoi le son en ligne pose problème

En cabine traditionnelle, le son est capté par des micros de qualité et transmis sur toute la gamme de fréquences recommandée par les normes ISO. En ligne, c’est souvent une autre histoire :

  • Des fréquences tronquées : les plateformes de visioconférence compressent le son. L’interprète doit fournir un effort supplémentaire pour comprendre, ce qui augmente la charge cognitive et la fatigue, comme l’ont étudié les chercheurs genevois.
  • Des micros de mauvaise qualité : micro d’ordinateur portable, écouteurs bon marché, pièce qui résonne… L’interprète compense en montant le volume.
  • Les chocs acoustiques : un larsen, un micro qui tombe, un bruit soudain et violent dans le casque. Ces pics sonores peuvent causer des lésions.

Ce que fait l’interprète pour se protéger

  • Utiliser un casque de qualité, avec limiteur de volume ou protection contre les chocs acoustiques.
  • Garder le volume au plus bas possible et faire des pauses régulières, loin des écrans et du bruit.
  • Travailler depuis un hub ou un studio professionnel quand c’est possible.
  • Interrompre l’interprétation quand le son ne permet plus de travailler correctement, et l’expliquer au client.
  • Faire contrôler son audition régulièrement par un ORL.

Ce que vous pouvez faire, en tant qu’organisateur

C’est là que tout se joue. La qualité de l’interprétation dépend directement de la qualité du son que reçoit l’interprète. Quelques gestes simples suffisent :

  1. Équipez les orateurs d’un micro-casque USB filaire, plutôt que du micro intégré de leur ordinateur.
  2. Faites un test technique avec chaque intervenant distant avant l’événement.
  3. Demandez une connexion filaire et une pièce calme.
  4. Coupez les micros des participants qui ne parlent pas.
  5. Choisissez une plateforme spécialisée en interprétation, plutôt qu’un outil de visioconférence grand public quand c’est possible.

En résumé

L’interprétation à distance est devenue incontournable, et c’est une bonne chose. Mais elle ne fonctionne bien qu’avec un son de qualité. En le soignant, vous protégez la santé de votre interprète et vous garantissez à vos participants une interprétation claire et fidèle. Tout le monde y gagne.

Vous préparez une réunion à distance ou hybride avec interprétation ? Je vous envoie volontiers ma check-list technique pour les intervenants.

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